Adultère - Partie VI et fin
- Dahri Hamdaoui
- 9 nov.
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Khaled n'avait jamais vu auparavant cette femme mais il sut tout de suite que c'était Aicha, la mère de Leïla, dès qu'elle avait prononcé le nom de son fils. Il n'y avait qu'un seul Youssef dans le petit village.
La vieille femme reprit ses cris :
- Venez vite. Sauvez ma fille. Je vous en supplie, faites quelque chose.
Et se rapprochant de l'imam, elle le prit par les mains et lui cria à la figure :
- Sauve ma fille. Sauve ta cousine. Va empêcher Youssef de ruiner notre famille.
Comme l'imam ne bougeait pas, elle se tourna vers les hommes.
- Pour l'amour de Dieu, venez vite sauver ma fille. » Et elle fendit la foule pour courir vers la ruelle d'où elle était apparue. Aussitôt les hommes la suivirent.
Seuls Khaled et l'imam ne bougèrent pas.
Le directeur de l'école pensait qu'il était plus urgent maintenant de quitter le village avec Leïla. En attendant que les choses se calment. Il allait retourner à l'école pour sortir sa vieille 4L quand il jeta un coup d'œil à l'imam. Ce dernier était blême. Et il comprit : Mahieddine était le père de l'enfant. Il en était sûr.
Il secoua le jeune homme et l'obligea à le regarder dans les yeux :
« C'est toi, n'est-ce pas ?
L'imam courba la tête.
- C'est toi ? répéta Khaled.
Mahieddine ne disait mot.
- C'est toi, oui j'en suis sûr. Toi seul savais qu'Abdelkader ne reviendrait jamais. Toi seul pouvais entrer et sortir de la maison du vieux Ahmed : tu es son neveu. Tu es l'imam du village et tu es au-dessus de tout soupçon. C'est toi, oui c'est toi !
Mahieddine était toujours silencieux, les épaules affaissées.
- Qu'attends-tu pour aller trouver Youssef et le vieux Ahmed pour leur avouer ta bêtise, … ton crime ?
- Non sidi. Pas ça, je t'en supplie. Je ne pourrais pas. Je ne pourrais jamais. Je sais ce que signifie un tel péché. Je suis l'imam du village. Et pour avoir commis un tel acte, un tel pêché, je suis maudit… Tous ont confiance en moi. Comment pourrais-je les regarder en face ? Leur expliquer ?
Mahieddine avait dit ces mots sur un ton suppliant. Khaled était abasourdi. Il voulait lui crier :
« Et où était ta science quand tu accomplissais ton crime abominable ? »
Mais il voulait surtout, en ce moment, préserver l'espoir de le convaincre. Alors il ne dit rien de tout cela. Et comme les bruits de la foule semblaient revenir vers la place du village, il lui dit :
« Tiens, voici les clés de ma voiture. Va, Leïla est chez moi. Prends la voiture et emmène-la loin d'ici. Va sauvez-vous, avant qu'il ne soit trop tard. Je leur parlerai, moi. Je trouverai les mots et ils comprendront. »
L'imam ne fit pas un geste. Les cris approchaient. Alors Khaled agit. Il courut chez lui. Il était déjà dans la maison quand la foule arrivait à la placette. Elle revenait bredouille. Youssef était introuvable. La vieille Aicha criait toujours et les exhortait à sauver son enfant. Elle s'élança dans une autre rue et la foule la suivit.
Les derniers hommes étaient à peine hors de vue que le portail de l'école s'ouvrit. La 4L de Khaled en sortit. Le directeur conduisait, Leïla était assise à ses côtés.
La voiture passa devant l'iman qui était toujours debout devant la mosquée. La voiture ralentit en arrivant à sa hauteur. Il détourna la tête. Alors le directeur accéléra et le véhicule aborda la petite pente qui menait à la route nationale.
Khaled prit la sortie du village. Deux gendarmes le saluèrent quand il arriva en haut du pont. Il leur rendit le salut. Mais il ne put s'empêcher de leur crier :
« Les hommes de mon pays ont perdu la tête. »
Dahri Hamdaoui
Retrouvez cette nouvelle dans : "Si mon pays m'était conté...Nouvelles sur l'Algérie contemporaine"
Edition L'Harmattan - Collection : Lettres du monde arabe
A propos de l'auteur
Né le 15 septembre 1950 à Saïda (Algérie), Dahri Hamdaoui a vécu et fait ses études à Oran. Il a par la suite enseigné le français langue étrangère jusqu’en 2005 avant de prendre une retraite anticipée.
Où se procurer le livre et d'autres ouvrages du même auteur:
Si mon pays m'était conté...Nouvelles sur l'Algérie contemporaine – Editions L’Harmattan, 2007
